La journée internationale des veuves célébrée en différé au Congo

« Sauvons la veuve des pratiques ancestrales dégradantes », tel est le thème choisi cette année par le gouvernement pour célébrer la journée Internationale des Veuves au Congo.

Commémorée d’ordinaire le 23 juin de chaque année, la journée a été célébrée en différé le mercredi 1er juillet 2020 à Brazzaville, au siège de l’Association des Confédérations Episcopales de la Région Afrique Centrale (ACERAC), sous le haut patronage de la ministre des Affaires Sociales et de l’Action Humanitaire, Mme Antoinette Dinga Dzondo.

Pour l’occasion, trois communications ont été faites. Dans la première, la représentante des veuves, Me Rose Ntari-Kalafar a mis l’accent sur deux préoccupations majeures : la sensibilisation de l’opinion national sur les pratiques dégradantes subies par les veuves et la nécessité de promulguer la loi portant code de la famille, qui valorise davantage les droits de la veuve, qu’elle soit mariée à l’état civil ou non. Ces préoccupations ont été prises en compte par deux microprojets mis en œuvre dans le cadre du projet « agir ensemble pour la défense des droits des minorités et groupes vulnérables » cofinancé par l’Union Européenne et l’Agence Française de Développement. Cependant le sujet mérite d’avoir une plus grande portée nationale, d’où l’intérêt à travers cette journée de communiquer largement sur les sévices et injustices subies par la veuve du Congo.

La deuxième communication intitulée « La mort et les rites de veuvages » a été animée par M Christian Lia, Enseignant Chercheur, Chef de parcours Anthropologie et Art à la Faculté des Lettres Art et Science Humaines (FLASH). Elle a mis en évidence des thèmes tels que, les pratiques du veuvage dans différentes cultures y compris celles du Congo, la conception du mort et de la veuve, le mariage léviral et sororal (remariage forcé du conjoint survivant avec le frère ou la sœur du conjoint décédé). En conclusion, la communication tout en expliquant l’origine des pratiques, souligne que si auparavant elles avaient pour objectif de protéger la veuve et les siens de « la souillure » du mort et de l’abandon, aujourd’hui, les dérives sont telles que ces pratiques ne devraient plus être appliquées.

La troisième communication, « La protection juridique des veuves au Congo » a été faite par Virginie Sheryl Ndessabeka, juriste, Directrice Générale du Centre de Recherche, de l’Information et de la Documentation sur la Femme au Ministère de la Santé, de la femme, de la promotion de la femme et de l’intégration de la Femme au Développement, s’articulait sur les droits des veuves, notamment celui de refuser les rites dégradants, d’hériter de son mari et sur les démarches possibles pour faire prévaloir ses droits. En bref, « La veuve n’est pas un objet qu’on transporte d’un endroit à un autre et dont on fait ce qu’on veut ».

Après le visionnage d’un documentaire produit par l’Œuvre Notre Dame des Veufs et Orphelins du Congo (ONDVOC), une association membre du programme concerté pluri acteurs (PCPA) et portant l’intitulé de la cérémonie, madame la ministre des Affaires sociales et de l’Action Humanitaire, prenant la parole a interpellé la conscience des veuves en ces termes : « Le code existe, mais est-ce que sa promulgation va changer quelque chose si nous ne voulons pas que les choses changent, si nous avons peur ? ». Ce message fort est un appel aux femmes pour dépasser les traditions et faire elles-mêmes prévaloir leurs droits.

Notons que les veuves qui ont participé à cette journée se sont constituées en consortium composé de cinq OSC à savoir : ONDVOC, le Cercle Uni des Droits de l’Homme et Culture de Paix (CUDHOC) également membre du PCPA, l’Association des Veuves du Congo (AVC), l’Association Action Sociale et Développement (AASD) et l’Association Chrétienne des Veuves du Congo (ACVC).

Au terme de cette journée, Mme la ministre a remis à ces associations, un lot constitué de différents vivres et non-vivres à distribuer aux veuves en difficultés.

Quelques images de la journée :

L’ONDVOC appelle les médias à s’approprier la cause des veuves

Dans le cadre du projet « Agir ensemble pour la défense des droits des minorités et des groupes vulnérables », l’association Œuvre Notre-Dame des Veuves et Orphelins du Congo (ONDV&OC) a mené depuis quelques mois un plaidoyer en faveur des veuves, pour l’adoption et la promulgation du projet de loi portant « Code des Personnes et de la Famille ».

ondvoc appelle les medias soutenir veuves
Le présidium (de gàd François Xavier Mayouya et Marie des Anges Kouendolo

Ce code révisé dans le cadre du Projet d’action pour le renforcement de l’état de droit et des associations (PAREDA) mené dans la période 2010-2016 aborde les aspects relatifs au sujet des veuves et consolide les dispositions du projet de l’actuelle loi N° 073/84 du 17 octobre 1984 portant « code de la famille » au titre 14 sur le veuvage.

En son article 894, il stipule que le conjoint ou la conjointe survivant marié coutumièrement bénéficie d’un droit d’usufruit ainsi que d’un droit de maintien dans l’habitation principale et du capital décès. Or, aujourd’hui, on assiste de plus en plus à la détresse des veuves victimes de rites et pratiques dégradantes, déshéritées ou expropriées avec leurs enfants.

Ainsi son adoption fera que le principe de justice en faveur des veuves, tant mariées coutumièrement qu’à l’État civil soit enfin applicable en République du Congo.

Pour François Xavier Mayouya, coordonnateur de l’ONDVOC, il n’est pas question de réfuter à tort l’ensemble de nos us et coutumes mais juste de tirer profit du côté positif de ces coutumes ancestrales congolaises et d’abandonner les antivaleurs afin d’atténuer les souffrances des veuves.

C’est dans cette vision que le consortium a animé en mars 2020 une conférence de presse au cours de laquelle il a appelé l’ensemble des parties prenantes, préoccupées par la problématique, à jouer pleinement leur partition pour que ce projet de loi soit promulgué et appliqué en République du Congo. 

Rappelons qu’il existe bel et bien des articles et des lois qui stipulent que la pratique de ces rites est volontaire, cependant beaucoup de femmes l’ignorent.